L’essentiel
- Vendredi, un détenu de 20 ans s’est évadé de la prison de Lyon-Corbas en se cachant dans le sac de son co-détenu, tout juste libéré.
- Il a finalement été interpellé lundi mais cette affaire a mis en lumière une série de dysfonctionnements.
- Selon le protocole en vigueur, ce sac aurait dû être fouillé lors du passage au « vestiaire ».
Se faire la belle par la grande porte. Vendredi midi, Elyazid A., 20 ans, s’est évadé de la prison de Lyon-Corbas en se cachant dans un sac de linge appartenant à son co-détenu, tout juste libéré. « J’avoue que c’est un scénario osé, sourit Samuel Gauthier, secrétaire national de la CGT- Pénitentiaire. J’ai vingt-huit ans de carrière et je n’avais vu une telle évasion. » Celle-ci fut toutefois de courte durée : le fugitif a été interpellé lundi matin au nord de la métropole lyonnaise. Quelques heures plus tard, à Marseille, son co-détenu – soupçonné de complicité – a été arrêté à son tour.
Les investigations ne sont pas closes pour autant. En plus de l’enquête judiciaire – qui vise notamment à mettre en lumière d’éventuelles complicités – une enquête interne a été ouverte pour établir la chaîne de responsabilité. « Si un détenu a pu s’évader de cette manière, c’est le signe qu’il y a forcément eu des fautes », poursuit Samuel Gauthier. L’administration pénitentiaire reconnaît elle-même une série de dysfonctionnements « graves ».
Et ce, d’autant que l’évasion Elyazid A., condamné pour des vols et du trafic mais également mis en cause d’une affaire liée au grand banditisme, n’a été constatée que 17 heures après son départ. « Normalement, il y a des contrôles plusieurs fois par jour, notamment le matin et le soir. C’est difficilement compréhensible que sa fuite n’ait été remarquée que le lendemain », abonde Nicolas Christy, secrétaire général du Syndicat pénitentiaire des surveillants.
Une vérification du sac au « vestiaire »
Sur les images de vidéosurveillance, révélée par TF1, on aperçoit le co-détenu d’Elyazid A. pousser un chariot avec plusieurs cabas en plastique à travers les couloirs de la maison d’arrêt le matin. Une surveillante marche à ses côtés. Le suspect d’1,72 m s’est contorsionné pour entrer dans l’un des sacs. Aucun contrôle n’est effectué. Les sacs ont ensuite été chargés dans le coffre d’une voiture sous les yeux de l’agente.
Comment en est-on arrivé là ? Théoriquement, lorsqu’un détenu est libérable, le greffe pénitentiaire avertit les différents services concernés – dont le surveillant d’étage – la veille ou le jour même. Le détenu est alors invité à réunir ses affaires, avant d’être escorté au « vestiaire » puis au greffe où sa levée d’écrou lui est officiellement notifiée. Ses affaires interdites en détention comme les bijoux ou le numéraire lui sont restituées. D’après le protocole, le sac du détenu doit être fouillé lors de son passage au vestiaire. « Honnêtement, on ne cherche pas un détenu caché dans un sac, confie Samuel Gauthier. Il s’agit surtout de vérifier que la personne tout juste libérée ne cache pas dans son paquetage des lettres ou des objets qu’il aurait volé à d’autres détenus ou à l’administration pénitentiaire. »
Surpopulation carcérale
« Selon la taille des établissements, cette vérification peut avoir lieu la veille ou le jour même, précise Nicolas Christy. Par exemple, à Fleury-Mérogis, où il y a une quinzaine de levées d’écrou quotidiennement, les détenus seront invités à faire leur paquetage la veille pour qu’un agent posté ait le temps de faire les vérifications d’usage. » Une fois ces fouilles effectuées, les autres contrôles sont liés à l’identité : il s’agit de s’assurer que le détenu libéré qui franchit la porte est bien celui qui doit l’être.
« Ce sac de linge aurait dû être vérifié. Evidemment qu’il y a une faute mais il faut aussi s’interroger à la raison de celle-ci », insiste Samuel Gauthier. Dans cet établissement, la surpopulation carcérale atteint les 180 %. « Aujourd’hui, il y a un surveillant pénitentiaire pour cent détenus, on manque de personnel à chaque poste. Est-ce que l’agent du vestiaire était celui de d’habitude ? Était-il au fait des procédures ? », interroge Nicolas Christy. Les enquêtes judiciaire et interne devraient le révéler.






