On le croirait volontiers indolent lorsqu’il regarde d’un air matois les joutes oratoires qui se déroulent sous ses yeux à l’Assemblée nationale. Il n’en est rien. Le pas du natif du Béarn va toujours à l’amble, son rythme ne s’accélère pas, surtout lorsque tout tourbillonne autour de lui. Immuable comme les montagnes qui enserrent d’un écrin végétal et giboyeux sa ville de Pau. Rien qui ne puisse le dévier de son chemin. Le chemin du pouvoir.
Celui qu’il a toujours espéré avant de l’exercer enfin à 73 ans, à l’issue d’un homérique bras de fer avec le président de la République. Emmanuel Macron déteste se voir forcer la main ? Tant pis pour lui. Sa victoire de 2017, il la doit au ralliement du MoDem qui a fait peser la balance du côté de celui qui allait devenir le plus jeune chef de l’État français. Une expérience inédite, dont les Français se souviendront longtemps…
Lorsque j’étais allé le voir à Pau à l’hiver 2024, François Bayrou pressentait que son tour viendrait. Il venait de refuser quelques propositions de ministères, celui des Armées et de l’Éducation nationale jugeant que son rôle n’était pas là. « Je veux agir sur la rupture qui est à l’œuvre dans le pays. Je ne cherche pas de galons, je ne fais pas carrière, je veux m’occuper de l’essentiel », me confiait-il alors. « Ce que je vois du pays, je ne peux pas l’effacer de mon regard ». Sept mois après avoir investi l’hôtel de Matignon, a-t-il le sentiment d’avoir atténué cette rupture entre le pays profond et ses élites ? Bien difficile de l’affirmer tant les crises se succèdent à un rythme fou. Crise de l’insécurité, crise de l’immigration. Crise de la dette et crise financière à venir. Les nuages noirs s’amoncèlent sur le ciel de France comme un lourd plafond menaçant.
Après avoir échappé à une 8e motion de censure – la dernière en date déposée par le PS mais non votée par le Rassemblement national – combien de temps lui reste-t-il pour agir avant l’épreuve du feu, le vote à l’automne du prochain budget ? A-t-il réellement eu un impact sur cette profonde dégradation du sentiment d’appartenance à la Nation qu’il me décrivait en déambulant dans les rues de Pau ? « Tant de gens se disent, au fond, qu’il n’y a rien à faire. C’est la même question qui traverse la crise des paysans, des enseignants, des Gilets jaunes, des banlieues avec tous ceux qui pensent : ‘‘personne ne nous écoute’’ ». Le diagnostic était le bon. Les Français le lui disaient en permanence. Mais maintenant qu’il est dans son costume de Premier ministre, attaqué comme jamais par des ennemis acharnés qui vont jusqu’à s’en prendre à sa famille, quelles sont réellement ses marges de manœuvres ?
Comme toujours, François Bayrou ne lâche rien
Il est aux commandes d’un pays où il est impossible de faire passer les textes les plus ambitieux tant le parlement est éparpillé façon puzzle après la bombe de la dissolution et où l’inertie de la haute administration joue comme une entrave à toute initiative ambitieuse.
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Peu lui importe que le sablier soit retourné et que le Rassemblement national soit le véritable maître des horloges de son destin : « Si vous êtes habité par une conviction, alors vous ne devez pas mesurer votre engagement. » Comme toujours, François Bayrou ne lâche rien. Qui donc dès lors, pourrait l’empêcher de penser à la prochaine présidentielle ?
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